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"L’écriture rend le langage visible — qui y pense tant cela nous est mentalement consubstantiel?—, se fait le seuil de l’invisible, comme les langues rendent actuel l’inactuel. Qu’est-ce à dire? Que des mots désignent des fééries: «ogre», «licorne», «résurrection», d’autres de pures actions mentales humaines : «et», «donc», «un milliard», «égal», «valeur». Que les langues évoquent les morts, expriment passé et futur — passé enfui, avenir toujours inconnu, devenu inconnu des mortels après la mort—, disent le potentiel: «si tu voulais bien», l’irréel du présent: «si nous étions jeunes», et l’irréel du passé: «si les cigognes étaient alors revenues». Que les langues, créations des hommes qui les connaissent de façon partielle par définition, ont la capacité de mettre les humains en présence de ce qui n’est pas visible, de ce qui n’est pas ou plus présent, ou de ce qui n’existe peut être même pas."
Méditation d’Oriane (feutre bleu très clair) : le langage est et ne peut-être qu’une source de confusion mentale puisqu’il crée un univers où réel et fiction sont étroitement entrelacés. La littérature ajoute encore à cette confusion parce qu’elle feint d’ignorer l’ambiguïté première et donne les mots pour des choses. Sur ce plan, c’est la poésie qui va le plus loin puisqu’elle crée des êtres de langage. C’est avec tout ça que j’essaie de travailler…
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